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Thérapie d’épuration extrarénale en soins intensifs


 

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Série d’options stratégiques du forum sur les politiques

Le Forum sur les politiques est un comité pancanadien de décideurs du secteur de la santé de haut niveau chargé d’élaborer des initiatives stratégiques communes, fondées sur des données probantes et portant sur la mise en œuvre, la gestion et le déclassement des technologies de la santé. La création du Forum s’inscrit dans le cadre de la Stratégie des technologies de la santé 1.0 et de la stratégie de mise en œuvre subséquente, toutes les deux approuvées par la Conférence des sous-ministres de la Santé respectivement en mai 2004 et en avril 2005. Le Forum est formé de hauts fonctionnaires, nommés par les sous-ministres, représentant les 14 ministères de la Santé fédéral, provinciaux et territoriaux, et de deux membres qui n’ont pas droit de vote : un représentant d’Industrie Canada et un membre du Groupe interprovincial et territorial des directeurs médicaux. L’Agence canadienne des médicaments et des technologies de la santé (ACMTS) fait office de secrétariat du Forum sur les politiques.

Le présent exposé d’options stratégiques est le premier en son genre que publie le Forum sur les politiques. Il vise à tester le processus d’élaboration d’initiatives stratégiques communes sur les technologies de la santé. L’analyse présentée ici reprend surtout les données probantes de l’évaluation des technologies de la santé (ETS) de l’ACMTS.[1]. Un comité d’experts a été formé pour obtenir l'avis des néphrologues, des intensivistes et des gestionnaires de programme de partout au pays. 

Le présent exposé d’options stratégiques est destiné aux décideurs des régies régionales de la santé, aux gestionnaires de programme de prise en charge de troubles rénaux, aux chefs d’unité de soins intensifs et aux cliniciens qui traitent l’insuffisance rénale aiguë en soins intensifs. Le document a pour but d’éclairer la prise de décisions de ces intervenants à propos de l’épuration extrarénale en milieu de soins intensifs. Ce document ne doit pas être interprété comme un énoncé des lignes directrices de pratique clinique.

[1] À moins d’indication contraire, les données probantes dont il est question ici proviennent de la source suivante : Tonelli M, Manns B, Wiebe N, Shrive F, Pannu N, Doig C, Klarenbach S. Continuous renal replacement therapy in adult patients with acute renal failure: systematic review and economic evaluation. [Rapport technologique n88]. Ottawa : Agence canadienne des médicaments et des technologies de la santé; 2007.

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Enjeu

Réduire les dépenses en soins de courte durée en milieu hospitalier par la promotion des résultats cliniques positifs et déterminer laquelle des deux thérapies d’épuration extrarénale courantes est plus appropriée en cas d’insuffisance rénale aiguë du malade en phase critique

Principales constatations de recherche de l’ETS de l’ACMTS

  • L’étude méthodique ne révèle pas de différences statistiquement significatives entre les résultats cliniques de l’hémodialyse intermittente (HDI) et l’épuration extrarénale continue (EERC). Les modèles économiques indiquent que l’HDI pourrait être rentable ou entraîner des coûts supplémentaires à l’avenir. Les petites différences sur les plans de la survie du malade et la nécessité de la dialyse à long terme ont un effet sur la rentabilité.
  • L’HDI diminue les dépenses des soins de courte durée. Aux taux d’utilisation actuels de l’EERC qui sont entre 26 % et 68 %, financer exclusivement l’HDI, quand les deux technologies sont appropriées, permettrait d’épargner de 2,1 à 6,1 millions de dollars par an en soins de courte durée au Canada.
  • Les avantages de l’EERC restent à démontrer. Comparativement à l’HDI, les différences qu’on a observées dans les résultats cliniques après l’EERC (dépendance envers la dialyse à la fin de l’étude, nombre de jours d’hospitalisation) ne diffèrent pas statistiquement, quoique les intervalles de confiance soient vastes, laissant entrevoir la possibilité de différences d’importance clinique.

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Contexte

Tableau 1 : Aperçu de l’insuffisance rénale aiguë et de l’épuration extrarénale

L’insuffisance rénale aiguë

  • cause l'accumulation de toxines et la rétention de sels et de liquide;
  • peut s’avérer mortelle si elle n’est pas traitée;
  • survient chez 20 % à 25 % des malades admis aux soins intensifs;
  • est estimée avoir une incidence annuelle de 11 sur 100 000 chez les Canadiens adultes, soit 2 445 cas par an au Canada;
  • se traduit par une mortalité hospitalière élevée (40 % à 65 %) et par d’énormes coûts de santé.

L’épuration extrarénale

  • purifie des toxines et les liquides corporels par la diffusion, la convection ou par une combinaison d’interventions;
  • la plupart des patients tolèrent bien l’HDI ou l’EERC;
  • certains cliniciens privilégient l’EERC estimée donner de meilleurs résultats cliniques que l’HDI, malgré l'absence de données probantes à l’appui.
HDI : hémodialyse intermittente; EERC : épuration extrarénale continue.

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Tableau 2 : Aperçu des techniques d’épuration extrarénale en milieu de soins intensifs*

Caractéristiques

HDI

EERC

Durée

  • quelques heures à intervalles variables (par exemple, 4 heures à trois ou quatre reprises chaque semaine; certaines techniques hybrides sont effectuées chaque jour)

En exécution continuelle (24 heures sur 24)

Avantages

  • faible risque d’hémorragie systémique
  • durée brève qui facilite la mobilité du patient ou sa disponibilité pour d’autres interventions[2]

Avantages théoriques :

  • clairance totale accrue des solutés en 24 heures
  • meilleure tolérance hémodynamique en raison du rythme plus lent de l'extraction liquidienne
  • extraction améliorée des toxines, notamment les particules de grands poids moléculaires (p. ex., cytokines) qui peuvent amener à des complications dans la phase critique de la maladie

 Désavantages

  • extraction liquidienne rapide et volume important qui peuvent mener à l’hypotension[3]
  • nécessite une anticoagulation continue (le patient est plus vulnérable s’il saigne)
  • exposition continuelle au circuit extracorporel (ce qui peut causer des effets indésirables, dont l'activation du complément ou une infection)

Coût moyen par hospitalisation**

2 103 $

5 757 $

Potentiel d’économies totales

  • 2,1 à 6,1 millions de dollars selon le taux d’EERC réel au moment de l’évaluation technologique
 

HDI : hémodialyse intermittente; EERC : épuration extrarénale continue.

*La présente analyse porte sur la comparaison entre l’HDI et l’EERC; cependant, d’autres modalités connexes, dont la dialyse quotidienne lente à efficacité réduite, pouvant être appliquées en pratique.

**Sans tenir compte des coûts infirmiers.
[2] Lameire, N, Van Biesen W, Vanholder R.  Acute renal failure.  Lancet 2005:  365(9457):417-30.
[3] Dialysis techniques:  What’s best for a critically ill patient?  In:   BNET [website].  New York:  CCNET Networks, Inc.; 1998.  Available:  http://findarticles.com/p/articles/mi_ga3689/is_/ai_n8787766.

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Question stratégique

À l’heure actuelle, la prise en charge de l’insuffisance rénale aiguë chez le malade en phase critique au Canada varie en fonction des facteurs suivants : équipement disponible, coûts, spécialité, expertise ou préférences du médecin traitant, philosophie de prise en charge, indication quant à l’épuration extrarénale (extraction liquidienne ou clairance des solutés), disponibilité de personnel infirmier qualifié et opinion sur avantages théoriques respectifs des techniques.

Le manque de démarche thérapeutique uniforme et factuelle dans la prise en charge de l’insuffisance rénale aiguë pose des problèmes étant donné le coût élevé des soins intensifs. La prestation des soins aux malades en phase critique nécessite une quantité énorme de ressources sanitaires. Bien que les lits de soins intensifs ne représentent qu’une fraction du nombre de lits d’un hôpital, ils représentent 8 % du total des services dispensés aux malades hospitalisés et 0,2 % du produit national brut au Canada. Sans donnée probante démontrant la supériorité clinique d’une modalité par rapport à l’autre, le choix entre l’HDI et l’EERT devrait reposer sur la rentabilité plutôt que sur la préférence du clinicien, la commodité ou la perception théorique de chaque thérapie.

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Principaux intervenants

Cette question et les options proposées revêtent de l’intérêt pour les grands groupes suivants :

  • intensivistes
  • néphrologues
  • infirmières affectées à la dialyse
  • infirmières aux soins intensifs
  • chefs d’unité de soins intensifs
  • chefs d’unité de néphrologie
  • gestionnaires de programme de prise en charge des troubles rénaux
  • administrateurs
  • Association canadienne des infirmières/iers et de techniciens/iennes de néphrologie
  • Société canadienne de néphrologie
  • Association des infirmières et infirmiers en soins intensifs
  • Groupe canadien des essais cliniques dans le domaine des soins intensifs

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État actuel de la mise en œuvre

  • À l’heure actuelle, la prise en charge de l’insuffisance rénale aiguë chez le malade en phase critique varie considérablement selon les régions canadiennes. 
  • La situation est la même dans le monde, et certains pays, notamment l’Australie, n’offrent que l’EERC.
  • Le choix de modalité dialytique est motivé par la disponibilité, par les coûts, par l’expertise ou par la préférence du médecin, par l’indication de l’épuration extrarénale (extraction liquidienne ou clairance des solutés), par la disponibilité de personnel infirmier qualifié ou par les perceptions théoriques de chaque thérapie.
  • En Amérique du Nord ou en Europe, il n’y a pas de lignes directrices de pratique clinique qui encadrent le choix de la technique dialytique dans l’insuffisance rénale aiguë.
  • Nous ne disposons pas d’information sur la disponibilité et le taux d’utilisation de l’EERC dans les provinces et les territoires du Canada
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Tableau 3 : Options stratégiques 

Considérations

Option 1 :
Statu quo

Option 2 : Usage exclusif de l’EERC

Option 3 : Usage exclusif du HDI

 

Le statuquo permet de choisir entre l’HDI ou l’EERC en fonction des ressources disponibles et des préférences du praticien. Une analyse documentaire révèle que, dans les établissements où l’on offre de l’EERC, on y recourt dans 25 % à 68 % des cas d’insuffisance rénale aiguë en phase critique.

Lors du traitement de l’insuffisance rénale aiguë en phase critique on recourt exclusivement à l’EERC aux dépens de l’HDI. De nombreux praticiens préfèrent cette technique et la jugent supérieure à l’HDI, même si les données probantes actuelles n’indiquent pas de différences statistiquement significatives entre les deux techniques du point de vue des paramètres cliniques, tels le nombre de jours d’hospitalisation et la dépendance à l’égard de la dialyse. Il est démontré que les malades tolèrent aussi bien l’EERC que l’HDI.

L’insuffisance rénale aiguë en phase critique est prise en charge exclusivement par l’HDI, tandis que l’EERC n’est offerte qu’en de rares occasions. Par rapport au coût de l’EERC, il en coûte 3 654 $ de moins par patient d’opter pour l’HDI. Au Canada, financer seulement l’HDI (c.-à-d., diminuer l’utilisation de l’EERC jusqu’à 0 % des cas) permettrait d’économiser de 2,1 à 6,1 millions $ (au taux d’utilisation présumé de l’EERC de 25 % à 68 %) au chapitre des soins de courte durée chaque année, selon le taux d’utilisation réel de l’EERC.

Considérations cliniques

Avantage potentiel pour le patient ou la population en général

Les données probantes disponibles indiquent que l’évolution de l’état de santé du malade est la même qu’il soit traité par l’EERC ou par l’HDI.

Rien ne permet de conclure que l’HDI est mieux tolérée que l’EERC.

Rien de probant n’indique que l’HDI est meilleure que l’EERC pour la santé des patients.

Rien de permet de conclure que l’EERC est mieux tolérée que l’HDI.

Rien de probant n’indique que l’EERC améliore plus l’état de santé du patient que l’HDI.

Effet sur la qualité de vie

s.o.

s.o.

s.o.

Considérations économiques

Ressources humaines

Le modèle mixte nécessite l’entrée en jeu d’infirmières spécialisées en soins intensifs et d’infirmières spécialisées dans la dialyse.

Ce sont habituellement des infirmières spécialisées en soins intensifs qui administrent l’EERC.

Souvent, ce sont des infirmières chargées de la dialyse (elles ne travaillent pas habituellement aux soins intensifs) qui administrent l’HDI.

Coûts infirmiers estimés de 149 $ la séance*

Équipement (y compris le prix d’achat et les coûts de maintenance et des matières consommables)

Dépends de la combinaison d’EERC et d’HDI.

Le prix d’achat d’un appareil d’EERC est d’environ 36 000 $.

L’appareil ne peut servir à l’HDI.

Le prix d’achat de l’appareil d’HDI est d’environ 28 000 $.

L’appareil peut aussi servir au traitement de troubles rénaux chroniques.

Fournitures et liquide de remplacement

Dépends de la combinaison d’EERC et d’HDI.

416 $ la séance*

68,30 $ la séance*

Coût total par patient (une seule hospitalisation)

Dépends de la combinaison d’EERC et d’HDI.

5 757 $

2 103 $

Autres considérations

Préférence du patient et commodité

Considérations non pertinentes dans le contexte des soins intensifs.

Considérations non pertinentes dans le contexte des soins intensifs.

Considérations non pertinentes dans le contexte des soins intensifs.

Aspects psychosociaux

s.o.

s.o.

s.o.

Opinion publique ou demande des consommateurs

s.o.

s.o.

s.o.

Considérations légales

s.o.

s.o.

s.o.

Aspects éthiques

s.o.

s.o.

s.o.

Questions d’implantation

s.o.

s.o.

Certains cliniciens sont convaincus que l’EERC est supérieure à l’HDI et ils pourraient donc être réticents à opter pour l’HDI.

Autres points

Dépends de la combinaison d’EERC et d’HDI.

En l’absence de néphrologues, les cliniciens ont tendance à prescrire l’EERC.

L’EERC peut être utilisée pour prévenir les lésions rénales.

Quand la demande en soins intensifs est faible, l’équipement et les ressources humaines de l’HDI peuvent être affectés au traitement de troubles rénaux chroniques ailleurs dans l’hôpital.

L’investissement dans les appareils d’EERC (qui ne peut être utilisé à d’autres fins) sera perdu si l’on opte pour l’HDI exclusivement.

HDI : hémodialyse intermittente; EERC : épuration extrarénale continue; s.o. : sans objet.

Conclusions*

 

En nous fondant sur l’analyse ci-dessus, nous recommandons la mise en œuvre de l’option 3, qui consiste à offrir seulement l’HDI à un malade en soins intensifs dont l’état hémodynamique est stable. Adopter cette option signifie offrir un traitement rentable sans pour autant compromettre l’évolution de l’état de santé du malade.

Les exceptions à cette règle sont les patients pour qui l’HDI a échoué ou est contre-indiquée. 

À l’avenir, l’affectation d’équipement ou de personnel à l’EERC aux soins intensifs devrait être modulée en fonction de l’offre de traitement aux seuls cas pour qui l’HDI est contre-indiquée, jusqu’à ce que des données probantes démontrent que l’EERC est cliniquement supérieure à l’HDI.

Calendrier d’examen

Le Forum sur les politiques examinera de nouveau les données probantes sur ce sujet et révisera sa recommandation dans cinq ans (2013) ou avant, si des circonstances ou des données probantes précises l’y incitent.

*Les exposés d’options stratégiques du Forum sur les politiques peuvent comprendre des constatations ou des recommandations, selon la qualité des données probantes disponibles et la nature du sujet. 

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Calculateurs des économies budgétaires

Il est possible de calculer, pour chaque région ou centre, les économies potentielles découlant de la mise en œuvre exclusive de l’HDI d’après l’incidence de l’insuffisance rénale aiguë, le bassin de population et l’utilisation générale de l’EERC.

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Exemple:

Économies potentielles = 1,3 million* x (11 sur 100 000) x (68 % – 10 %) x 3 654 $ = 303 063 $ par an

* Selon les taux observés dans les essais cliniques, la proportion des cas d’insuffisance rénale aiguë pour lesquels l’HDI est contre-indiquée varierait de 1,6 %[4] à 20,9 %[5].

[4] Vinsonneau C., Camus C., Combes A., Costa de Beauregard M. A., Klouche K., Boulain T., et coll. « Continuos venovenous haemodiafiltration versus intermittent haemodialysis for acute renal failure in patients with multiple-organ dysfunction syndrome: a multicentre randomised trial ». Lancet 2006;368(9533):379-85.

[5] Mehta RL, McDonald B, Gabbai FB, Pahl M, Pascual MT, Farkas A, et al. « A randomized clinical trial of continuous versus intermittent dialysis for acute renal failure ». Kidney Int.  2001;60 (3) : 1154-63.

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