Le dépistage de l’exposition prénatale à l’alcool chez le nouveau-né

L’ensemble des troubles causés par l’alcoolisation fœtale (ETCAF).
Image modifiée reproduite avec la permission du CMAJ 25-Nov-03;169(11): p. 1184. © 2003 Association médicale canadienne
La présence d’un biomarqueur dans le méconium, c’est-à-dire les premières selles d’un nouveau-né, pourrait signaler la consommation d’alcool par la mère au cours de la grossesse.
Ce biomarqueur est un dérivé métabolique de l’alcool appelé ester éthylique d’acide gras (EEAG). Le EEAG sert de registre biologique de l’exposition prénatale à l’alcool au cours des deuxièmes et troisièmes trimestres, étant donné que la formation du méconium commence lors de la 13e semaine de la grossesse et se poursuit jusqu’à la naissance de l’enfant[1]. La mesure de la concentration de l’EEAG au moment de la naissance pourrait faciliter l’identification des enfants qui risquent d’avoir été exposés à l’ensemble des troubles causés par l’alcoolisation fœtale (ETCAF). Néanmoins, les tests sur le méconium ne permettent pas de déceler la consommation d’alcool lors du premier trimestre, qui peut également avoir des répercussions néfastes sur le développement du fœtus[2].
Ensemble des troubles causés par l’alcoolisation fœtale (ETCAF)
L’ETCAF est un terme utilisé pour décrire une gamme d’effets physiques, mentaux et comportementaux liés à l’exposition prénatale à l’alcool. Les handicaps secondaires associés à l’ETCAF incluent les problèmes de santé mentale, les interruptions de la scolarité, les difficultés d’emploi, le comportement criminel ainsi que les problèmes liés à la consommation d’alcool ou de stupéfiants[3].
Le diagnostic de l’ETCAF est délicat car il nécessite la confirmation d’une consommation forte d’alcool chez la mère, ce qui n’est déclaré souvent qu’en partie puisque ces femmes hésitent à admettre leur comportement à risque pendant la grossesse. À l’heure actuelle, il n’y a aucun marqueur de laboratoire spécifique au diagnostic de l’ETCAF[1].
Avantages d’un diagnostic précoce
Le diagnostic précoce de l’ETCAF est associé à de meilleurs résultats pour la santé à long terme[1,2]. Des interventions ciblées durant l’enfance peuvent réduire le risque de déficiences secondaires plus tard[2,4]. Le diagnostic de l’ETCAF pourrait également faciliter la prévention de la consommation d’alcool chez les mères à haut risque lors de grosses ultérieures en leur proposant du counseling et de l’éducation[2].
Prévalence de la consommation prénatale d’alcool
On estime la prévalence chez les nourrissons des dommages liés à l’exposition prénatale à l’alcool à environ 1 %[2,3]. Au Canada, les coûts du cycle de vie pour l’éducation supplémentaire, les prestations d’invalidité et les soins de santé pour une personne avec l’ETCAF s’élèveraient à plus de 800 000 $[2].
Données probantes
Des études publiées démontrent que la sensibilité du test sur le méconium (afin d’identifier correctement les enfants exposés aux effets de l’alcool) varie de 26,9 % à 100 %[2]. Sa capacité à identifier fidèlement ceux qui n’ont pas été exposés à l’alcool varie de 96,8 % à 98 %[2]. La variation pourrait découler de la consommation maternelle de petites quantités d’alcool contenues dans les médicaments ou les aliments, des variations génétiques au niveau du métabolisme de l’alcool, ou d’une maladie[1].
Des niveaux élevés d’EEAG dans le méconium n’ont pas encore été mis en corrélation avec des résultats néfastes chez le nouveau-né. Des études suivant des enfants pendant plusieurs années sont nécessaires afin d’établir si l’EEAG dans le méconium peut servir de biomarqueur d’un retard de développement neurologique lié aux effets de l’alcool sur le fœtus[4].
Une étude récente menée à Calgary n’a trouvé aucune association entre la consommation prénatale d’alcool auto déclarée par la mère et les concentrations d’EEAG dans le méconium de 238 enfants[5]. La publication des résultats de cette étude est en cours.
Disponibilité et coût
Le laboratoire Motherisk de l’établissement Hospital for Sick Children à Toronto est le seul endroit au Canada à proposer le dépistage de l’EEAG dans le méconium. Le test coûte 150 $CA et n’est pas pris en charge par les régimes d’assurance-maladie provinciaux.
References
[1] Bearer CF, et al. Alcohol Res Health 2005;28(1):38-43.
[2] Tough SC, et al. In: Motherisk [database online]. Toronto: Hospital for Sick Children; 2005. Available: http://www.motherisk.org/women/updatesDetail.jsp?content_id=737
[3] Koren G, et al. CMAJ 2003;169(11):1181-5. Available:http://www.cmaj.ca/cgi/content/full/169/11/1181
[4] Ostrea EM, Jr., et al. Alcohol Clin Exp Res 2006;30(7):1152-9.