L’évaluation des technologies de la santé (ETS) dans les hôpitaux
Le mouvement d’évaluation des technologies de la santé (ETS) à l’hôpital prend de l’ampleur au Canada. La volonté d’éclairer la prise de décisions par des données probantes et la nécessité d’optimiser l’utilisation des ressources financières de l’hôpital sont à l’origine de la demande d’information sur l’efficacité, l’innocuité, le coût et les aspects éthiques, juridiques et opérationnels des technologies. La recherche démontre que l’ETS à l’hôpital influence le programme d’action et la pratique clinique en raison de sa proximité avec les décideurs et de sa démarche de collaboration1.
Au Québec, l’ETS hospitalière, bien établie dans le réseau des cinq centres hospitaliers universitaires, s’étend aux autres instituts universitaires et hôpitaux affiliés (voir le tableau 1). Les centres de réadaptation et les centres de cardiologie de Montréal et de Québec créent des unités d’ETS. L’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal en compte une d’ailleurs. Cinq centres de services sociaux et de santé – des établissements multidisciplinaires chapeautant des centres locaux de services communautaires, des centres d’hébergement et de soins de longue durée et des hôpitaux généraux ou spécialisés dans certains cas – ont formé un consortium, le Consortium pour l’évaluation des technologies et des modes d’intervention en santé et services sociaux ou CETMISS, afin de mettre en commun leurs ressources pour promouvoir l’ETS, offrir de la formation aux gestionnaires et professionnels de la santé et entreprendre des projets d’ETS dans le domaine des services de santé de première ligne.
Les unités d’ETS des centres hospitaliers universitaires du Québec ont pour mandat d’évaluer avec rigueur des appareils médicaux, des traitements ou la prestation des services de santé et de formuler des recommandations stratégiques pertinentes dans leur contexte organisationnel2,3. Elles offrent de la formation sur la méthodologie de l’évaluation aux chercheurs et elles favorisent l’instauration d’une culture d’évaluation, l’établissement de réseaux et la diffusion des connaissances. Les scientifiques de l’unité d’ETS œuvrent de concert avec les gestionnaires et les professionnels de la santé des établissements tout au long de l’évaluation, de la sélection et de la priorisation des sujets à la formulation des recommandations stratégiques en passant par la collecte et l’interprétation des données probantes2,3. Les unités d’ETS sont reliées les unes aux autres dans divers réseaux qui encouragent la collaboration entre les chercheurs aux échelons régional et provincial. Ainsi, le CETMISS fait partie du réseau de santé intégré de l’Université Laval et il collabore avec l’unité d’ETS du Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ). De plus, il jouit du soutien et de l’encadrement de l’Agence d’évaluation des technologies et des modes d’intervention en santé (AETMIS). Les établissements de santé financent à même leur budget de fonctionnement les activités d’ETS hospitalières au Québec.
TABLEAU 1 : Programmes d’ETS dans les hôpitaux
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Alberta |
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Health Technology Assessment and Innovation (HTAi) Program Services de santé Alberta |
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Ontario |
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London Health Sciences Centre |
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SickKids Hospital http://pede.ccb.sickkids.ca/pede/task.jsp |
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Québec ― Centres hospitaliers universitaires |
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Centre hospitalier de l’Université de
Montréal (CHUM) |
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Centre hospitalier universitaire de
Sherbrooke (CHUS) |
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Centre hospitalier universitaire de
Québec (CHUQ) |
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Centre hospitalier universitaire
Sainte-Justine (CHU Sainte-Justine) |
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Centre universitaire de santé McGill (CUSM) http://www.mcgill.ca/tau/ |
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Québec ― Autres établissements dotés d’une unité d’ETS |
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Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal |
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Institut de cardiologie de Montréal |
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Institut de réadaptation Gingras-Lindsay-de-Montréal http://www.hopital-lindsay.qc.ca/ |
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Institut de réadaptation en déficience physique de Québec |
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Consortium pour l’évaluation des technologies et des modes d’intervention en santé et services sociaux (CETMISSS) |
Les unités d’ETS ont exercé une grande influence sur la prise de décisions stratégiques à l’échelon local. De 2002 à 2007, le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) a mis en application les recommandations de 25 des 27 rapports produits par son unité d’évaluation des technologies de la santé4. Le rejet ou l’adoption restreinte de 19 technologies ont débouché sur des économies évaluées à 12,8 millions de dollars, tandis que l’implantation de six nouvelles technologies a accru les dépenses d’un million de dollars4. Dans cette période quinquennale, le coût de fonctionnement de l’unité d’ETS s’est élevé à 1,2 million de dollars4. L’unité d’ETS du CHUQ rapporte que les cliniciens ayant demandé l’évaluation d’une technologie ou ayant participé à un groupe de travail se disent très satisfaits du processus d’ETS5. Les cliniciens affirment en outre que les évaluations ont influencé leur pratique. Le CHUQ engrange des économies annuelles de 460 000 $ depuis l’adoption de 69 % des recommandations de deux rapports5. L’unité d’ETS du CUSM indique que les évaluations sont effectuées en trois à quatre mois1. Le programme doit sa réussite à l’exécution des évaluations en temps opportun, à la pertinence de ses évaluations pour les décideurs locaux et à l’élaboration de lignes directrices qui tiennent compte des valeurs de la communauté.
L’Alberta est en voie d’étoffer son programme provincial d’évaluation des technologies. Le regroupement des neuf régions sanitaires, des établissements de santé mentale, de traitement du cancer et de cure et de réadaptation et des services médicaux d’urgence sous l’égide d’un seul réseau de services de santé, Services de santé Alberta, a été l’occasion d’adopter une approche globale de prestation des services de santé. En collaboration avec Santé et Bien-être Alberta, Services de santé Alberta met sur pied le programme d’évaluation des technologies et d’innovation en santé (HTAI) qui encouragera la prise de décisions opérationnelles éclairées par l’évaluation des technologies de la santé. Le programme viendra s’ajouter au processus décisionnel sur les technologies de la santé de l’administration publique provinciale, mécanisme gouvernemental d’évaluation et d’approbation des technologies devant faire l’objet d’un examen provincial ou canadien.
Les buts du programme HTAI consistent à stimuler la diffusion des technologies novatrices d’efficacité clinique et de rentabilité démontrées, à étudier les possibilités de soutenir l’accès aux technologies par la production de données probantes et à décourager l’utilisation des technologies périmées ou réputées inefficaces. Le programme évaluera les technologies – à l’exception des médicaments et des systèmes d’information – destinées à la promotion de la santé, à la prévention de la maladie, au dépistage, au diagnostic, à la thérapeutique, à la réadaptation et aux soins au terme de la vie. Pour ce faire, il recensera les technologies à évaluer et en établira l’ordre de priorité avant d’impartir l’évaluation qui devra englober la prise en compte des aspects contextuels et la formulation de recommandations; puis, il les présentera à Services de santé Alberta qui s’en inspirera dans sa budgétisation et sa prise de décisions. Il verra également à évaluer l’impact des technologies approuvées et à déterminer si elles produisent les résultats escomptés. Le programme tirera parti de l’expertise en ETS de l’Alberta, plus précisément celle des unités d’ETS hospitalières à Calgary et Edmonton, de l’Institut d’économie de la santé, de l’Université de Calgary et de l’Université de l’Alberta. Le programme HTAI devrait voir le jour en 2010-2011.
En Ontario, deux groupes ont pour vocation l’ETS en milieu hospitalier, soit le High Impact Technology Evaluation Centre (HiTEC) au London Health Sciences Centre et Technology Assessment at SickKids (TASK), unité de l’institut de recherche de l’Hospital for Sick Children (SickKids) de Toronto6. L’unité TASK, dont le financement repose principalement sur des subventions de recherche, effectue de la recherche méthodologique et des évaluations économiques en pédiatrie en plus des ETS. Elle détermine ses activités d’ETS en consultant les administrateurs et les cliniciens de l’hôpital.
Les établissements dépourvus d’unité d’évaluation des technologies comme telle prennent néanmoins en considération l’ETS dans leurs décisions sur les technologies. Ainsi, l’Hôpital général de Vancouver est en voie d’uniformiser le choix de l’équipement et des produits utilisés en chirurgie. En collaboration avec les chirurgiens et les administrateurs, l’hôpital conçoit un processus uniforme afin de réduire le nombre et la diversité des produits et il fonde sa prise de décisions sur l’examen des données probantes. L’ETS devient un outil précieux permettant de soulager les tensions budgétaires sans sacrifier la qualité des soins et des services de santé.
Pour beaucoup, les rapports des unités d’ETS hospitalières paraissent sur le site Web de l’unité en question et certains sont indexés dans la base de données du Centre for Reviews and Dissemination (http://www.crd.york.ac.uk/crdweb/
Références
1. McGregor M, et al. Int J Technol Assess Health Care 2005; 21(2):263-267.
2. What is the Technology Assessment Unit? McGill Technology Assessment Unit, MUHC 2010. http://www.mcgill.ca/tau/objective/
3. Mission. Centre hospitalier universitaire de Québec. http://www.chuq.qc.ca/fr/evaluation/uetmis/mission/
4. Arnoldo J, et al. Impact of TAU reports. McGill Technology Assessment Unit, MUHC 2008. http://www.mcgill.ca/files/tau/FINAL_TAU_IMPACT_REPORT_FEB_2008.pdf
5. Rapport annuel 2008-2009. Centre hospitalier universitaire de Québec 2010. http://www.chuq.qc.ca/NR/rdonlyres/8EC83C28-401A-4BD5-9AF6-317B72E218F1/0/rapport_annuel_uetmis_2008_2009.pdf
6. Battista RN, et al. Int J Technol Assess Health Care. 2009 Jul;25 Suppl 1:53-60.