Autotransplantation de tissus ovariens
Une Israélienne âgée de 28 ans qui avait été traitée pour un lymphome non hodgkinien a donné naissance en juin 2005 à un bébé en santé, après avoir subi une réimplantation de ses tissus ovariens préservés[1].
Les tissus de la femme avaient été retirés et préservés dans un congélateur avant qu'elle ne reçoive une dose élevée de chimiothérapie, un traitement reconnu pour causer le déficit ovarien. Deux ans après une guérison complète, les tissus ont été réimplantés, ce qui a permis la production et le retrait d'un ovule mature. L'ovule a ensuite été fécondé in vitro par le sperme du mari de la patiente et l'embryon a ensuite été transféré dans son utérus où le fœtus s'est développé normalement.
Un ovule mature peut se développer à partir de tissus ovariens transplantés.
Photo fournie par Dr RC Chian, Centre de la
Reproduction McGill.
Cette expérience semble être le troisième cas déclaré d'une femme ayant donné naissance après avoir subi une transplantation de tissus ovariens.
En juin 2005, une femme stérile a subi une transplantation de tissus ovariens provenant de sa sœur jumelle identique et a donné naissance à un bébé à la suite d'une conception normale[2].
L'an dernier, une équipe de médecins belges a annoncé qu'une femme de 32 ans guérie de la maladie d'Hodgkin avait donné naissance à un bébé après que ses tissus ovariens, qui avaient été congelés pendant six ans, lui aient été réimplantés[3].
La cryopréservation de tissus ovariens est l'une des options vers lesquelles les femmes devenues stériles à la suite de traitements énergiques contre le cancer peuvent se tourner.
Les tissus ovariens sont retirés par laparoscopie, une intervention chirurgicale pendant laquelle un endoscope est inséré par une petite incision dans l'abdomen. Les tissus sont ensuite conservés dans de l'azote liquide et congelés. Lorsque les tissus sont décongelés soigneusement et réimplantés, des inducteurs d'ovulation sont ensuite utilisés pour provoquer l'ovulation.
Accès à la technologie au Canada
Bien que cette intervention n'en soit qu'à ses premiers pas, le Centre de la Reproduction McGill à Montréal avait commencé à offrir la cryopréservation des tissus ovariens il y a déjà quatre ans.
Le Dr Togus Tulandi, un professeur en obstétrique et gynécologie et un expert en fécondation au Centre de McGill a affirmé qu'il avait récolté des échantillons de tissus ovariens auprès de 20 à 30 femmes. Certaines femmes sont parties de l'Ontario et de la Nouvelle-Écosse pour se rendre à la clinique de Montréal.
« Jusqu'à maintenant, nous n'avons transféré aucun tissu aux patientes », a dit le Dr Tulandi. Les femmes doivent d'abord subir leur traitement contre le cancer et attendre une rémission et une guérison complète avant de prendre la décision de concevoir un enfant. Aucune patiente du Centre McGill n'est encore parvenue à cette étape.
La préservation de tissus ovariens n'est offerte dans aucun autre centre canadien.
Les risques de la réimplantation tissulaire
Les candidates de l'autotransplantation de tissus ovariens sont choisies attentivement en raison du risque que certaines malignités, telles qu'un lymphome ou la leucémie, ne soient réintroduites par le tissu greffé. Des technologies de dépistage plus fiables et plus sensibles sont nécessaires pour déceler des cellules cancéreuses résiduelles.
Autres options pour la fertilité
Parmi d'autres façons de préserver la fertilité se trouve la suspension des ovaires dans le but de les retirer de la portée des radiations pelviennes prévues, la cryopréservation d'ovocytes immatures et matures dans le but d'une fécondation in vitro ultérieure ou la préservation d'embryons.
Pour être en mesure de recueillir des ovocytes matures, la femme doit prendre des inducteurs d'ovulation pendant plusieurs semaines avant la récolte. Cette démarche peut retarder le traitement urgent d'un cancer. Il est également possible que cette démarche aggrave les cancers hormono-sensibles.
Au contraire, les tissus ovariens peuvent être retirés à toute étape du cycle menstruel sans compromettre la santé ou la fécondité d'une femme, permettant ainsi de commencer immédiatement le traitement de chimiothérapie.
L'intervention de transplantation de tissus ovariens est toujours considérée comme étant expérimentale et nécessite des améliorations dans la récolte de tissus, dans le processus de congélation et de décongélation et dans la technique de greffe.
Références
[1] Meirow D et al. N Engl J Med 2005;353(3):318-21.
[2] Silber SJ et al. N Engl J Med 2005;353(1):58-63.
[3] Donnez J et al. Lancet 2004;364(9443):1405-10.