L’utilisation des sangsues médicinales dans la médecine moderne

La sangsue Hirudo medicinalis possède 300 dents acérées dans la ventouse musculaire antérieure.
Photo avec la permission de Ricarimpex.
L’utilisation ancienne des sangsues médicinales refait surface à titre de traitement de sauvetage d’urgence dans les cas où les interventions chirurgicales ne permettent pas de rétablir la circulation sanguine après une greffe de tissu ou une chirurgie visant à réimplanter un membre.
Des chirurgiens canadiens prescrivent des sangsues dans le but de retirer l’excès de sang qui s’accumule après des chirurgies visant à réimplanter un doigt, une oreille ou d’autres parties du corps sectionnées. Les engorgements de sang nuisent à la circulation et peuvent entraîner la mort des tissus[1].
Les bienfaits de la morsure
Une morsure de sangsue dans la région greffée ou réimplantée permet de retirer environ 5 mL de sang engorgé. Toutefois, le principal bienfait thérapeutique provient des anticoagulants et des vasodilatateurs naturels que renferme la salive de la sangsue et qui entraîne l’exsudation du sang de la morsure (jusqu’à 50 mL) pendant six heures ou plus après l’ablation[2].
De nouvelles sangsues sont placées plusieurs fois par jour durant trois à sept jours jusqu’à la formation de nouveaux vaisseaux sanguins qui rétabliront la circulation dans le tissu touché[1].
Coût
Le coût d’une sangsue est de 9,45 $US. La livraison le jour même peut faire grimper le coût de façon significative. L’entreprise Canada Worldwide, située à Toronto, est le distributeur de Leeches U.S.A. Ltd. (de Westbury, New York), lequel importe les sangsues de Ricarimpex SAS, en France.
Population de patients
On ne connaît pas la fréquence de l’utilisation des sangsues après les chirurgies reconstructives et plastiques au Canada. Toutefois, d’après Rudy Rosenberg, copropriétaire de Leeches U.S.A. Ltd., environ 8 000 sangsues ont été expédiées à des hôpitaux canadiens en 2005, et leur utilisation a connu une croissance constante au cours des 20 dernières années.
État de la réglementation
La Food and Drug Administration des États-Unis a approuvé l’utilisation des sangsues médicinales, connues sous le nom de Hirudo medicinalis, à titre de dispositif médical en juin 2004[1]. Les sangsues médicinales font partie des produits biologiques réglementés par la Direction des produits biologiques et des thérapies génétiques de Santé Canada.
Données probantes
Une méta analyse de 36 rapports portant sur l’utilisation des sangsues médicinales après des greffes de tissus chez 108 patients a montré que les tissus qui auraient autrement nécessité un débridement ou une amputation ont été préservés avec succès dans 70 à 80 % des cas[3].
Répercussions sur les soins prodigués aux patients
Le personnel infirmier doit consacrer beaucoup de temps à l’application et à la surveillance des traitements par les sangsues afin de s’assurer que ces dernières ne se nourrissent pas des tissus sains ni ne se déplacent durant le traitement. Les morsures doivent être surveillées de près une fois que les sangsues se détachent de la plaie. L’acceptation par le patient du traitement par les sangsues médicinales dépend en grande partie des conseils prodigués avant le traitement.
Risques associés au traitement
Parmi les risques associés au traitement par les sangsues, on compte l’infection, des pertes sanguines excessives nécessitant une transfusion, la migration des sangsues dans les orifices du corps et des réactions allergiques à la salive des sangsues. Les sangsues peuvent également propager des virus transmissibles par le sang, tels que l’hépatite et le VIH. Elles ne peuvent être utilisées qu’une seule fois et doivent être éliminées selon les techniques de manipulation des déchets contaminés[2]. L’administration prophylactique d’antibiotiques par voie intraveineuse est recommandée afin de protéger les patients contre les bactéries portées par les sangsues[2].
Politiques des hôpitaux
Le personnel des hôpitaux doit connaître les procédures liées à l’acquisition, à l’entreposage, à l’application et à l’élimination sécuritaires de ces parasites vivants. L’établissement d’un protocole normalisé contribuera à relever avec succès les défis associés à l’utilisation de ce traitement.
Références
[1] Horowitz S. Altern Complement Ther 2005;11(1):12-6.
[2] Weinfeld AB, et al. Ann Plast Surg 2000;45(2):207-12.
[3] de Chalain TM. J Reconstr Microsurg 1996;12(3):165-72.