Les techniques de reproduction assistée (TRA) posent un problème de
politique au Canada en raison de la prévalence soutenue de l’infertilité et de
l’augmentation récente du nombre de grossesses multiples. Les questions
relatives à l’accès aux TRA, au financement et à la réglementation – en
particulier celles qui ont trait à la fécondation in vitro (FIV) – suscitent un
vif débat.
Le problème
Actuellement, les régimes publics d’assurance maladie au Canada ne
couvrent pas la FIV, et seuls 15 % des couples touchés par l’infertilité
peuvent recourir au traitement par FIV1; aussi les autres se
tournent-ils vers des traitements de fertilité moins coûteux qui, croit-on,
sont responsables de l’augmentation sensible du taux de grossesse multiple,
soit deux bébés ou plus2,3.
Les grossesses multiples comportent des risques de complications
immédiates et de complications à long terme comme un risque accru de mortalité
fœtale ou néonatale, de prématurité et de faible natalité4, ainsi
que de déficience mentale5 ou de malformation6. Les
complications maternelles, par exemple la prééclampsie, le diabète
gestationnel, le placenta praevia, le décollement prématuré du placenta et la
césarienne, sont également associées aux grossesses multiples.
Il a été montré que la FIV par transfert d’un embryon unique (TEU)
éliminait pratiquement les grossesses multiples5. On estime
maintenant que le financement public de la FIV par TEU serait une stratégie
durable étant donné que la technique compense les coûts ultérieurs, liés aux
complications de la grossesse multiple. Par contre, bon nombre de couples
préfèrent les transferts doubles parce qu’ils maximisent la possibilité de
grossesse tout en éliminant le risque de futurs cycles coûteux de FIV.
Plus de 30 % des grossesses obtenues par les TRA sont multiples, et plus
de 50 % des nouveau-nés conçus par TRA sont le produit de grossesse multiples4,7. Cela pose donc des problèmes importants sur les plans de la santé et des finances,
à court terme et à long terme.
Les TRA
Les techniques de reproduction assistée sont des traitements contre
l’infertilité, qui comportent la prise d’inducteurs de l’ovulation ainsi que la
manipulation extracorporelle d’ovules, de sperme et d’embryons. Sont
généralement incluses dans les TRA la FIV et les interventions connexes comme
l’injection intracytoplasmique de sperme. D’autres définitions de TRA englobent
également l’insémination intra-utérine5.
Le traitement classique par FIV comprend la stimulation des ovaires par
des hormones, le retrait d’ovules, leur fécondation extracorporelle et le
transfert de l’embryon ainsi produit dans l’utérus.
Les provinces
En décembre 2008, le ministre de la Santé du Québec s’est engagé à
rembourser le coût du traitement par FIV et, en 2009, le gouvernement a élaboré
un nouveau plan selon lequel on assurera au moins deux cycles de FIV8.
Le Québec sera la seule province à s’être dotée d’un régime universel de
remboursement du traitement par FIV. Actuellement, au Canada, seules les
Ontariennes atteintes d’une obstruction bilatérale des trompes de Fallope ont
accès au financement public du traitement par FIV.
En réaction aux problèmes croissants d’infertilité, le gouvernement de
l’Ontario a formé un groupe d’experts pour examiner les différentes
possibilités de traitement qui s’offrent aux personnes éprouvant des troubles
de la reproduction. Le groupe publiera, au cours de l’été de 2009, ses
recommandations sur la façon de rendre plus accessibles et plus abordables les
traitements contre l’infertilité8.
De son côté, l’Alberta examine différentes initiatives d’orientation en
ce qui concerne la réglementation en matière de TRA et le financement des
traitements contre l’infertilité. D’autres gouvernements pourraient revoir leur
politique à la lumière de la décision du Québec.
Qui pourraient en bénéficier
L’infertilité constitue un problème important de santé au Canada; elle
touche de 8,5 à 16 % des couples en âge de procréer5.
La réglementation
En 2004, le gouvernement fédéral a promulgué une loi visant à
réglementer la reproduction assistée. La Loi sur la procréation assistée,
qui encadre les activités cliniques et les activités de recherche liées à la
reproduction humaine médicalement assistée, précise les activités qui sont
interdites et celles qui sont soumises à la réglementation. En 2006, l’Agence
canadienne de contrôle de la procréation assistée a vu le jour afin de mettre
en œuvre et de faire appliquer les principes de la Loi.
Plusieurs provinces ont mis en doute la validité constitutionnelle de la
Loi. Ainsi, en 2008, La Cour d’appel du Québec a contesté plusieurs
dispositions de la Loi en alléguant que la reproduction assistée ne relevait
pas de la justice criminelle et qu’elle ne mettait pas en danger la santé du public;
elle devrait donc être régie par des lois provinciales.
La Cour suprême du Canada entendra la cause en avril de cette année. Si
le jugement du Québec est confirmé, différents articles de la Loi seront alors
de compétence provinciale.
Les coûts
Un cycle de FIV coûte de 7750 à 12 250 $ (250 pour l’analyse du
sperme; 2500 –7000 $ pour les médicaments; 5000 $ pour la FIV)9. À
titre de comparaison, l’insémination intra-utérine coûte environ 450 $; à cela
s’ajoute le coût des médicaments (27-2500 $)9.
Les données probantes
Deux évaluations de la technologie réalisées au Canada5,10 ont porté sur la FIV et sur les grossesses multiples, dont la plus récente,
celle de l’Institute of Health Economics, sera publiée en début d’année.
L’étude visait à déterminer le fardeau financier des grossesses multiples,
imposé sur les ressources en santé, et l’effet possible des coûts liés aux TRA
en Alberta.
Selon le Dr Anderson Chuck, l’auteur principal du rapport de
l’Institute of Health Economics, les données probantes montrent que le fait de
ramener le nombre d’embryons transférés par cycle de FIV à un seul réduit le
nombre de naissances multiples, les complications et les coûts liés aux
grossesses multiples. Le transfert d’un embryon unique était considéré comme
moins coûteux que le transfert de deux embryons; cependant, l’efficacité du TEU
était étroitement liée à l’âge de la mère. Chez les femmes âgées de moins de 37
ans, le transfert d’un embryon unique s’est révélé aussi efficace que le
transfert de deux embryons, tandis que, chez les femmes âgées de plus de 37
ans, le TEU était moins efficace que le transfert de deux embryons, d’où la
nécessité de provoquer plus de cycles de FIV pour obtenir des taux comparables
de natalité. D’après les données du rapport, le remboursement du coût des FVI
comportant moins d’embryons était associé à une diminution du nombre de
grossesses multiples et des coûts liés aux soins de santé. Toutefois, il peut
être nécessaire de provoquer un nombre plus élevé de cycles comportant le
transfert d’un embryon unique pour obtenir des résultats équivalents
(c’est-à-dire le transfert de plus d’un embryon par cycle de fécondation in
vitro). Aussi les économies réalisées par la réduction du nombre de grossesses
et de naissances multiples seront-elles neutralisées par le nombre accru de
cycles comportant le transfert d’un embryon unique, nécessaires pour produire
un taux de natalité et des résultats cliniques acceptables.
Une évaluation du traitement par FIV et de son rôle dans la réduction du
taux de grossesses multiples, réalisée en 2006, a été publiée par le Ministère
de la Santé et des Soins de longue durée de l’Ontario. Les auteurs de cette
évaluation clinique et économique (coût-efficacité) sont arrivés à la
conclusion que la FIV par TEU était un traitement efficace de l’infertilité qui
permettait d’éviter les grossesses multiples. Cependant, d’après une analyse
économique, fondée sur des paramètres ontariens et incluse dans l’évaluation,
la diminution des coûts liée à la réduction du nombre de grossesses multiples
après une FIV par TEU ne compensait pas les coûts d’une couverture universelle
de FIV par TEU; de plus, le régime provincial finance actuellement
l’insémination intra-utérine, qui se montre aussi efficace que la FIV dans
certains types d’infertilité, et ce, à un coût passablement moindre5.
Une nouvelle technique de FIV est en voie d’élaboration; elle vise à
doubler les chances de conception tout en diminuant le risque de grossesse
multiple. La technique, appelée hybridation génomique comparative sur réseau,
en est aux premiers stades d’expérimentation, mais elle pourrait changer
complètement le tableau actuel des TRA.

Lignes directrices et recommandations nationales au Canada
Références
1. Nisker J. JOGC 2008;30(5):425-31.
2. Bissonnette F, et al. Reprod Biomed
Online 2007;14(6):773-90.
3. Human assisted reproduction live birth rates for Canada. Montreal: Canadian
Fertility and Andrology Society; 2008. Accessible
: http://cfas.cfwebtools.com/index.cfm?objectid=FB99277D-FF33-EC88-991F86750424B6A7
4. Gerris J, et al. J Obstet Gynaecol 2005;5(1):26-47.
5. Medical Advisory Secretariat. In vitro fertilization and multiple
pregnancies. Toronto: Ontario Health Technology Advisory
Committee; 2006. Accessible : http://www.health.gov.on.ca/english/providers/program/ohtac/tech/reviews/pdf/rev_ivf_101906.pdf
6. El-Chaar D, et al. Fertil Steril 2008.
7. Reddy UM, et al. Obstet Gynecol 2007;109(4):967-77.
8. Talaga T. Toronto Star 2008 Dec 27.
9. Seeking life through ART: the cost of treatment. London (ON): London
Health Sciences Centre; 2009. Accessible : https://www.lhsc.on.ca/programs/infertility/
10. Chuck A. Assisted reproductive technologies: Economic evaluation [in
press]. Edmonton: Institute of Health Economics; 2009