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Introduction
Les
technologies et l’innovation technologique occupent une place centrale dans
l’organisation et la prestation des services de santé, sans compter qu’elles
contribuent à optimiser l’évolution de l’état de santé des malades1.
Selon Coyte et Holmes2,
les soins de santé du XXIe siècle seront répartis en fonction du
territoire et ils seront facilités par les technologies. L’on voit de plus en
plus des technologies perfectionnées de diagnostic et d’évaluation non seulement
dans les hôpitaux de soins tertiaires, mais aussi, comme l'angiographie CT, dans
les hôpitaux de soins secondaires et même dans les communautés, comme l'appareil
portatif de mesure du temps de prothrombine pour le suivi thérapeutique des
anticoagulants par voie orale.
Rien
ne laisse prévoir que la diffusion des technologies et leur impact sur la
prestation ou l’organisation des services de santé atteindra un plateau. En
réalité, le nombre de nouvelles technologies augmente sans cesse, leur cycle de
vie diminue et leur rythme du changement est tel qu’il compromet la mise en
œuvre des nouvelles technologies3-5.
La
diffusion des technologies, c'est-à-dire leur offre et leur distribution, pose
des problèmes complexes aux décideurs.
- Malgré
leur potentiel qui est clair, les nouvelles technologies ne se révèlent pas
toutes efficaces ou sûres pour tous les patients. À titre d’exemple, citons la
réduction du volume pulmonaire dans l’emphysème avancé, technique rapidement
adoptée aux États-Unis en dépit de l'absence d’essais cliniques rigoureux. Par
la suite, des études ont démontré que cette technique ne
- présente
que peu d’avantages et qu’elle serait même néfaste dans certains cas, ce qui a
fait baisser de 80 % le nombre de ces interventions6.
- Les
questions d’équité concernant les technologies peuvent également s’avérer
importantes, particulièrement quand il s’agit d’un système de santé universel
comme celui du Canada. Ainsi, le bévacizumab (Avastin®, de
Genentech/Roche) est un médicament coûteux dont l’efficacité clinique est
prouvée (pour prolonger la survie, mais non pas pour guérir) dans le traitement
du cancer colorectal métastatique. Cependant, ce médicament n’est pas
particulièrement rentable7.
Certains territoires et provinces du Canada ne couvrent pas son coût (que le
patient ou l’assureur privé doivent payer), tandis que d’autres le font, comme
la Colombie-Britannique, la Terre-Neuve-et-Labrador, la Nouvelle-Écosse,
l’Ontario, le Québec et la Saskatchewan8.
Des organisations de défense continuent de faire du lobbying pour que les
administrations publiques l’inscrivent sur la liste des médicaments
couverts.
- Selon
des études, les technologies représenteraient entre 17 % et 56 % de la hausse
des dépenses en santé à l’étranger9,10.
Au Canada, les percées technologiques sont un facteur important d’augmentation
des coûts, qui augmente de près de 25 % les dépenses en santé4.
Une étude comparative indique notamment que le Canada est un grand utilisateur
de nouvelles technologies11.
Quelle
que soit l’importance relative de l'efficacité réelle, de l’équité, du coût,
etc., il semble évident que les décideurs doivent prévoir des mesures
d’intervention pour promouvoir la diffusion et l’utilisation optimales des
technologies1.
Le présent document de travail
étudie les possibilités de répondre à cette question, surtout dans le contexte
des technologies autres que les médicaments.
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Contexte
Les
technologies de la santé englobent les médicaments, les appareils, les produits
diagnostiques, l’équipement, les interventions médicales et chirurgicales, ainsi
que les modes d’organisation et de prestation des services de
santé12.
Sous diffusion des technologies, on comprend
le processus de diffusion, par des moyens divers, des innovations parmi les
membres d’un système social13.
Bien qu’il soit assez facile de définir ces termes, la gestion et le contrôle de
la diffusion des technologies restent étonnamment complexes à cause des moyens
de diffusion des innovations en général et aussi à cause des spécificités des
technologies ou des systèmes de santé en
particulier.
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Diffusion
des technologies
Oh
et coll.14 ont élaboré un modèle de diffusion des technologies (voir figure 1) en
s’inspirant de 51 études sur la diffusion de technologies médicales précises.
Figure
1 : Modèle proposé des déterminants de diffusion des
technologies
Oh
EH, Imanaka Y, Evans E. Determinants of the diffusion of computed tomography and
magnetic resonance imaging. Int
J Technol Assess Health Care 2005;21(1):73-80. Repris avec l'autorisation de Cambridge University
Press.
|
Le
modèle met en lumière les déterminants précis de diffusion des technologies et
il permet de formuler des hypothèses quant à leur influence positive, négative
ou mixte sur la diffusion. Parmi les avantages de ce modèle, il faut mentionner
le fait qu’il classe les déterminants selon le rôle qu’ils jouent comme des
facteurs de prédisposition, d’habilitation ou de renforcement. Même s’il est
toujours possible de remettre en question le bien-fondé d’une telle
classification, le modèle suggère, à juste titre, que la diffusion des
technologies est un processus dynamique d'interaction entre de nombreuses
variables. Ce qui est moins certain, c’est l’importance relative des catégories
ou de la signification de certains déterminants précis, surtout la
réglementation, les modes de paiement et le pouvoir
d’achat.
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Les
documents sur l’innovation15 permettent de déterminer dix facteurs clés pour la diffusion des
technologies :
- L’avantage
relatif – Plus
la technologie semble avantageuse (profitabilité ou notoriété, par exemple),
plus sa diffusion sera rapide. L’utilisation de l’angiographie CT peut se
répandre rapidement parce qu’elle requiert l’utilisation du tomodensitomètre le
plus moderne (elle améliorera la notoriété de l’établissement qui
l’utilise).
- La
capacité d’être testée – La
capacité d’une innovation d’être testée permet de réduire l’incertitude et le
risque pour ceux qui l’adoptent et donc de favoriser la diffusion. Les sociétés
pharmaceutiques exploitent cette idée couramment en offrant aux médecins des
échantillons de produits.
- L’observabilité
– Le
fait de pouvoir observer une innovation et ses résultats améliore sa diffusion.
Ainsi, des fabricants d’appareils invitent à leurs frais les médecins et les
autres décideurs à visiter des installations où l’on fait usage de nouvelles
technologies.
- Les
voies de communication – La
diffusion est un processus social qui repose sur la capacité de mettre en
contact les innovateurs et les personnes susceptibles d’adopter la nouvelle
technologie. Les revues médicales sont depuis longtemps des tribunes qui
permettent de faire connaître les innovations; de nos jours, les périodiques
électroniques diffusent encore plus rapidement l’information sur les nouvelles
technologies.
- Les
caractéristiques collectives – L’innovation
est mieux diffusée parmi les groupes avec des caractéristiques communes, comme
les médecins.
- Le
rythme de l’innovation et/ou de la réinvention – La
capacité de réfaction des technologies par les utilisateurs est aussi un facteur
qui permet d’accélérer leur diffusion. Les médicaments ou les appareils qui
pourront être utilisés en dehors de leur cadre d’indication peuvent être mieux
diffusés en raison de leur marché plus vaste.
- Les
normes, les règles et les réseaux sociaux – La
diffusion des technologies dépend des normes, des règles et des réseaux sociaux.
Ainsi, le radiologiste sera un meilleur promoteur de l'angiographie par
tomodensitomètre que le cardiologue qui reste attaché à la « norme » et qui
préconise l'angiographie classique.
- Les
guides d’opinion – Les
guides d’opinion rassurent les autres et, de ce fait, peuvent accélérer la
diffusion d’une technologie; d’ailleurs, les fabricants se rallient souvent à
leurs idées.
- La
compatibilité – La
capacité d’une technologie de s’intégrer aux autres technologies sur place
favorise sa diffusion. Vu que la plupart des nouvelles technologies médicales
s’inspirent de pratiques existantes, elles sont très compatibles même dans le
cadre des systèmes de remboursement actuels (c.-à-d. en ce qui concerne les
codes de facturation).
- L’infrastructure
– Les
technologies qui peuvent s’intégrer à l’infrastructure de soutien sur place ou
celles qui ne nécessitent pas la mise en place d’une telle infrastructure
connaîtront une diffusion rapide. L’angiographie, le cathétérisme cardiaque et
la coloscopie par tomodensitomètre sont des technologies dont la diffusion sera
rapide dans les hôpitaux qui possèdent un tomodensitomètre.
-
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La
plupart de ces facteurs peuvent être classés en fonction des catégories
proposées par Oh et coll.14,
conférant ainsi au modèle une utilité générale :
- Facteurs
de prédisposition (« besoins des utilisateurs ») : l’avantage relatif et
l’influence des guides d’opinion.
- Facteurs
d’habilitation (« capacité d’obtenir ») : la capacité de tester,
l’observabilité, les voies de communication, les caractéristiques collectives,
la compatibilité et l’infrastructure.
- Facteurs
de renforcement (« modificateurs de système ») : les normes, les règles et les
réseaux sociaux, et le rythme de l’innovation.
On
remarque que les documents sur l’innovation ne font par référence à la
réglementation gouvernementale, aux modes de paiement ou au pouvoir d’achat.
Malgré l’importance de ces facteurs pour la diffusion des technologies, ils
n’interviennent qu’au moment de la décision d’achat ou à la fin du processus de
diffusion, mais ils n’ont aucune influence pendant le processus de diffusion.
Les systèmes de paiement, le pouvoir d’achat et la réglementation dans une
moindre mesure ne sont pertinents que pour autoriser la commercialisation qui,
en réalité, ne coïncide pas avec le début de la diffusion des technologies. De
plus, la pertinence de ces facteurs pour les technologies « douces » - procédures médicales ou chirurgicales issues
de la profession médicale, mais qui ne passent pas l’épreuve de l'examen
officiel - est tout à fait contestable.
Cette
précision au sujet de la réglementation, des modes de paiement et du pouvoir
d’achat peut sembler trop subtile, mais elle est importante pour la gestion de
la diffusion. Si, comme l’indiquent Oh et coll., la réglementation, les systèmes
de paiement et le pouvoir d’achat sont des variables endogènes dans le processus
de diffusion, il est certain que les décideurs ont des instruments qui leur
permettent de gérer la diffusion des technologies de l’intérieur. En revanche,
si ces facteurs sont des variables exogènes (ce qui semble plus probable d’après
la documentation sur l'innovation), la capacité des décideurs d’influencer à
l’externe la diffusion de façon prévisible à l’aide de ces outils demeure
incertaine. Pour faire une analogie simpliste, la différence est celle qu’il y a
entre conduire une auto et pousser une
auto.
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Technologiesde la santé dans leur contexte
Certains
aspects des technologies et des systèmes de santé compliquent davantage la
gestion des technologies et ajoutent à la complexité générale de la diffusion
des technologies. Il s’agit notamment des programmes d’action contradictoires,
du volume des nouvelles technologies, de la disponibilité des données probantes,
des répercussions de l’utilisation, des coûts de développement, des structures
du système de santé et des tendances
internationales.
Programmes
d’action contradictoires
C’est
le secteur privé qui met au point ou qui commercialise la plupart des
technologies de la santé. Tandis que les ministères de la santé ou les
organismes apparentés se démènent pour gérer la diffusion des technologies ou
l’impact de la diffusion en aval, on peut voir d’autres organismes
gouvernementaux, dont les ministères du commerce et de l’industrie, qui
interviennent fréquemment en amont en mettant en œuvre des programmes de
développement industriel afin de favoriser l'essor des entreprises de haute
technologie, celles-là mêmes qui produisent les technologies de la
santé16.
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Volume
des nouvelles technologies
De
plus, le nombre effarant des nouvelles technologies rend sélective la gestion de
la diffusion. Selon des estimations, 5 000 à 8 000 nouvelles technologies en
santé, des appareils médicaux pour la plupart, font leur apparition sur le
marché américain chaque année1,17.
La mise en marché varie considérablement d’une technologie à l’autre.
L’efficacité clinique et l’innocuité des médicaments doivent être démontrées (au
moins par rapport au placebo), et ce, avant que les médicaments soient
commercialisés, alors qu’on admet dans la pratique médicale, sans trop d’examens
préalables5,
bien de technologies et notamment des procédures médicales. L’examen des
appareils médicaux est plus minutieux que l’examen des procédures, mais moins
que celui des médicaments. Les États-Unis cependant n'exigent que rarement des
données cliniques à l’appui avant d’autoriser la mise en marché. En réalité,
moins de 100 appareils suivent tout le processus d’approbation préalable
(c.-à-d., examen de l’innocuité et de l’efficacité réelle) chaque
année17.
À
titre d’information, pour ce qui est du volume des nouvelles technologies, on
peut utiliser les données américaines compte tenu du fait qu’à leurs débuts, les
nouvelles technologies ne sont pas commercialisées sur les petits marchés comme
le marché canadien. Néanmoins, le volume des nouvelles technologies homologuées
chaque année au Canada est impressionnant. En 2005, Santé Canada s’est prononcé
sur 483 demandes de commercialisation de médicaments et sur 95 demandes
concernant des appareils18.
Pour ce qui est des médicaments, seulement 24 demandes portaient sur une
nouvelle substance active qui n’étaient pas disponible jusqu’à là à des fins
thérapeutiques chez l’humain. En tout et pour tout, 61 % (295) des demandes de
commercialisation de médicament ont obtenu l’aval du ministère, qui, fait à
noter, a rejeté 6 % (29) des demandes seulement et a pris une décision
provisoire sur le reste. Le processus d’autorisation en vue de la mise en marché
d’un médicament dure entre 11 et 40 mois18.
Comme
c’est le cas aux États-Unis, les principales nouvelles technologies homologuées
chaque année au Canada sont les appareils médicaux. La proportion des appareils
approuvés pour une mise en marché comparée à ceux qui sont refusés est semblable
à celle des médicaments, soit 65 % (4 284) approuvés, 5 % (323) rejetés et le
reste faisant l’objet d’une décision provisoire. Des appareils homologués, 1 812
sont des modifications d’une homologation déjà accordée, 2 396 sont des nouveaux
appareils de classe II (faible risque, un appareil d’ultrasons, par exemple),
607 sont de nouveaux appareils de classe III (risque moyen, une articulation
prothétique, par exemple) et 99 sont des nouveaux appareils de classe IV (risque
élevé, un stimulateur cardiaque, par exemple). Outre le bas taux de rejet, le
processus décisionnel est rapide, allant de 13 à 135 jours en
moyenne18.
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Disponibilité
des données probantes
L’idée
de gérer la diffusion suppose que les données probantes sont disponibles, ce qui
est rarement le cas. Si cela arrive, l’information est souvent imparfaite, la
longueur de la collecte des données s’oppose au bref cycle de vie de l'appareil
médical, estimé de 12 à 18 mois17.
Le tomodensitomètre, par exemple, a été perfectionné, passant de deux à
huit couches, puis de seize à trente-deux couches avant d’arriver à plus de
soixante-quatre couches en quelques années seulement. Cela a beaucoup amélioré
la capacité d’imagerie du tomodensitomètre et élargi les indications
d’utilisation de l’appareil. Ce dernier peut, grâce à ses
soixante-quatre couches, reconstituer des images utiles d’un cœur qui
bat.
Les
intervenants interprètent l’information disponible à leur façon, ce qui donne
lieu à un règlement des dilemmes par décision politique ou à un non-lieu : il ne
s’agit pas seulement de promouvoir ou d’empêcher la diffusion, mais aussi de
faire cela à la lumière de l’information disponible19,20.
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Répercussions
de l’utilisation
Même
si à la lumière des données probantes on voit l’intérêt de la diffusion des
technologies, cette diffusion peut produire des résultats inattendus. Certaines
technologies apparemment rentables peuvent entraîner une hausse des coûts si
elles sont utilisées de façon inappropriée. Oh
et coll.14 conseillent d’évaluer la diffusion en fonction de l’utilisation, tout en faisant
remarquer que limiter la diffusion n’est pas une réponse au problème de
l’inefficacité.
Coûts
de développement
On
assume que la diffusion des technologies entraîne plus de dépenses, mais même en
faisant abstraction des problèmes d’utilisation relevés par Oh et coll.,
restreindre la diffusion ne signifie pas une baisse des dépenses. Si l’on
suppose qu’une certaine partie des dépenses technologiques permettent de
récupérer les coûts de développement en amont, une diffusion réduite se
répercutera sur le nombre d’unités vendues. Ce nombre diminuera, mais les
fabricants recouvreront tout de même les coûts de développement sur le prix de
vente ou autrement21.
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Structuredu système de santé
Il
convient de noter l’incidence de la structure du système de santé. La gestion
technologique dépend de la structure et du milieu culturel du système de
santé22.
Les systèmes de santé accordent un certain degré d’autonomie aux fournisseurs de
services. Au Canada, la pratique qui consiste à financer les hôpitaux en leur
accordant une enveloppe budgétaire pour l’équipement et une autre pour le
fonctionnement global permet de limiter les achats d’articles chers tout
donnant une marge de manœuvre illimitée
pour les achats d’articles à bas prix. Les ministères de la santé contrôlent
peut-être l’achat d’équipement dispendieux, alors qu’ils ne mettent aucun frein
à la diffusion de technologies à peu dispendieuses qui, comme on le sait,
occasionnent le plus de frais.1,22.
La situation a empiré du fait que les fondations hospitalières ont un rôle
grandissant dans le financement des technologies renommées à prix fort, tel le
tomodensitomètre. Ces défis structurels sont difficiles à
relever.
Tendances
internationales
Enfin,
la diffusion des technologies peut sans doute être gérée à l’échelle locale,
mais comme les frontières sont vagues, les décideurs subissent une tension
constante. Le résultat principal de cette pression : la diffusion des
technologies devient un processus dynamique et les décisions en la matière
doivent être périodiquement réexaminées.
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Mécanismesd’intervention dans la gestion de la diffusion
Il
n’y a pas, semble-t-il, de documents qui permettent de décrire ou de faire une
évaluation systématique de mécanismes d’intervention employés pour gérer la
diffusion des technologies. Les données disponibles suggèrent toutefois que les
différentes sphères de compétences adoptent des approches assez similaires à ce
sujet.
Outils
axés sur l’offre
En
règle générale, les approches axées sur l’offre sont fondées sur la
planification et la réglementation publique et elles visent à fournir, à élargir
ou à restreindre la diffusion des technologies, des installations ou des
professionnels19.
Dans certains systèmes de santé, la concurrence peut jouer le rôle d’outil axé
sur l’offre - ainsi, l’offre accrue
d’une technologie peut faire baisser le coût des services dans un marché très
concurrentiel. Un sondage auprès des douze pays membres de l’Organisation de
coopération et de développement économique (OCDE) confirme qu’ils ont recours à
des mécanismes d’intervention axés sur l’offre, parmi lesquels la législation et
les politiques. Cependant, dans la plupart des cas, l’utilisation des outils
axés sur l’offre est restreinte, du moins dans certains systèmes ou contextes de
santé, ce qui est révélateur quant à leur utilité relative. Le sondage révèle
également que l’élaboration de nouveaux programmes de services de santé (p. ex.,
services de santé destinés aux victimes d’un accident cérébrovasculaire) est un
outil axé sur la demande et très répandu1.
Reste à savoir si cette stratégie représente un effort visant à limiter les
technologies dans certains établissements ou si c’est un effort visant à
améliorer l’accès à ces technologies.
Le
Canada a mis en œuvre des outils précis axés sur l’offre et reliés à des
technologies spécifiques, comme le tomodensitomètre, ou à des programmes
spécifiques, comme la cardiologie d’intervention. On gère habituellement l’offre
dans ces cas en limitant l’accès au financement destiné à l’équipement et au
fonctionnement plutôt que par des mesures politiques, etc. Ces faits confirment
la remarque de Battista et coll.22 qui observe que ces mesures sont motivées surtout par un désir de baisser les
coûts et non pas par la volonté d’améliorer l'efficacité des
technologies.
Dans
le cas des technologies peu coûteuses, l’on recourt moins souvent à ces outils
axés sur l’offre puisqu’ils semblent influer peu sur la diffusion de ces
technologies1,11.
Le fait que l’impact des mêmes outils diffère selon qu’il s’agit de technologies
dispendieuses ou pas laisse penser que la diffusion des technologies
dispendieuses a tendance à être autolimitative, peu importe les outils utilisés.
D’autre part, le volume considérable des technologies peu dispendieuses empêche
d’utiliser des outils ciblés et axés sur l’offre.
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Outils
axés sur la demande
Les
approches en matière d’outils axés sur la demande sont légèrement plus complexes
et elles dépendent de la structure du système de santé. En général, les pays qui
ont un cadre de contrôle moins rigide de rémunération des fournisseurs et de
prise de décisions locales adoptent un plus grand nombre de nouvelles
technologies et ils font cela plus tôt que les autres pays11.
Deux solutions sont possibles dans ce cas :
- contrôler
les dépenses en établissant un plafond pour toutes les ressources disponibles
(c.-à-d., en établissant des budgets globaux);
- gérer
les dépenses au niveau de la prestation des services (c.-à-d., décisions en
matière de couverture et de remboursement).
Les
systèmes à payeur unique comme celui du Canada ont tendance à compter sur des
budgets globaux et régionaux, alors que les régimes d’assurance sociale à
multiples payeurs s’appuient sur les décisions des assureurs en matière de
couverture et de remboursement afin de contrôler l’usage des
technologies19.
Les
budgets globaux qui sont fréquents au Canada sont connus pour avoir un effet
neutre ou même négatif sur la diffusion des technologies, tandis que le système
de paiement à l’acte encourage l'adoption des technologies14,23.
Les avantages du budget global se font au détriment de la capacité de prendre
des décisions précises en matière de couverture et de remboursement (c.-à-d.,
cela est possible dans le régime de paiement à l'acte pour les services
médicaux, mais la capacité de gérer les décisions touchant les services
hospitaliers est primordiale dans la gestion de la diffusion des
technologies).
Le
fait de ne pas compter beaucoup sur les mécanismes de couverture et de
remboursement peut ne pas paraître une grosse perte, compte tenu des budgets
globaux qui semblent un outil plus puissant. Les États-Unis ont une taxonomie
très détaillée des services cliniques, à des fins de facturation, y compris des
codes précis attribués aux technologies émergentes. Toutefois, la majorité des
nouveaux appareils ne sont pas problématiques en ce qui concerne les codes de
facturation, de couverture ou de paiement, puisqu’ils s’intègrent aux catégories
de codification et de paiement déjà définies (par conséquent, leur adoption
laisse peu de traces).
Si
les appareils sont encore nouveaux, les médecins américains sont réticents à
leur attribuer un code de technologie émergente, car cela amène les assureurs à
classer la technologie comme expérimentale et donc inadmissible au
remboursement17.
Pour éviter cela, les médecins factureront le service sous un autre code, une
situation qui se produit au Canada également. Ainsi, il est presque impossible
de faire le suivi de l’utilisation des nouvelles technologies à moins
d’entreprendre une vérification approfondie des dossiers médicaux ou
hospitaliers. Bref, contrairement à ce que l’on pourrait croire, les mécanismes
de couverture et de remboursement n’offrent pas le contrôle précis qu’ils le
laissent croire.
Assez
étendue, la gamme des outils d’intervention sur la demande comprend1 :
- mesures
budgétaires
- remboursement
- lignes
directrices de pratique clinique
- information
adressée aux fournisseurs de services
- information
destinés au public
- financement
incitatif
- gestion
du rendement
- examen
et vérification de la pratique médicale.
-
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À
l’exception du financement incitatif (rare semble-t-il dans les pays de l’OCDE),
les outils axés sur la demande sont beaucoup plus utilisés que les outils axés
sur l’offre1.
Les
décideurs disposent d’un certain nombre d’outils axés sur l’offre et la demande,
qui, de l’avis général, sont assez efficaces. Cependant, il est reconnu
également que ces outils ne soient pas adaptés à toutes les technologies ou à
tous les systèmes de santé. En outre, ils peuvent être imprécis et produire des
résultats inattendus. Ainsi, opter pour des initiatives budgétaires générales et
non pas sélectives afin de ralentir la diffusion des technologies ne veut pas
dire qu’on choisira la technologie la plus efficace ou la plus rentable.
Pourtant, ces initiatives générales semblent rester la seule option quand on se
trouve face à un large volume de technologies peu dispendieuses. De plus, c’est
certain que les systèmes de santé qui limitent la diffusion des technologies
rattrapent, tôt ou tard, les systèmes de santé qui ne le font pas23.
Dans l’état des connaissances actuel, vu l’impossibilité d’évaluer l’impact des
mécanismes d’intervention en particulier, il convient donc de les examiner en
profondeur1,11.
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Problématiquede la gestion de la diffusion
Dans
le contexte canadien, il y a des décideurs à plusieurs niveaux du système de
santé. Ils se sont vus rapprocher le fait de ne pas être prêts à concevoir une
stratégie globale de gestion de la diffusion des technologies3. En fait, comme discuté, les plus grands défis que pose la gestion de la
diffusion ne sont pas dus à l’attitude des décideurs, mais à la nature même de
la diffusion des technologies et aux caractéristiques des technologies de la
santé, des systèmes de santé et des
mécanismes d’intervention disponibles.
Brièvement,
voici les défis que doit relever la gestion de la
diffusion :
- Nature de la diffusion – La diffusion
est un processus social dont les principaux intervenants sont les utilisateurs
des technologies. Ceux qui veulent mettre des balises à la diffusion n’ont en
général d’autre choix que d’essayer d’influencer le processus de l'extérieur,
sur le tard et avec peu de latitude pour vraiment modifier les structures
fondamentales du système de santé. Compte tenu de la valeur incertaine des
technologies, décider de restreindre leur diffusion ne changera pas grand-chose
à la dynamique, surtout si d’autres administrations publiques préfèrent laisser
libre cours à la diffusion de cette technologie (ou sont impuissantes à
l’arrêter).
- Impératifs politiques divergents – Les
gouvernements manifestent souvent le désir de restreindre la diffusion des
technologies tout en faisant la promotion de l’innovation technologique. Bien
que ces impératifs divergents soient rarement conflictuels, la gestion
technologique s’en trouve politisée, particulièrement en cas d’incertitude.
Ainsi, la démarche usuelle qui consiste à cibler les technologies à examiner et
la capacité d’évaluation est mise au défi.
- Nature des technologies – Les
technologies, notamment les appareils, émergent à un rythme rapide et en grand
volume, et leur durée de vie brève rend l’évaluation difficile. Elles sont sans
cesse réinventées, et dans leur majorité, elles améliorent la situation
existante. Gérer leur diffusion signifie sans doute désinvestir dans les
technologies établies plutôt que restreindre la diffusion de technologies
véritablement novatrices.
- Disponibilité des données probantes –
Les technologies sont rarement finalisées lorsqu’elles apparaissent sur le
marché et elles changeront fort probablement avant la fin de l’évaluation
proprement dite. Par conséquent, les notions d’efficacité réelle et de
rentabilité sont dynamiques, et l’on ne peut les déterminer une fois pour
toutes. D’où la nécessité de réévaluer les technologies à plusieurs reprises et
peut-être de participer activement à la conception et à l'exécution d’essais
pragmatiques visant à dissiper l’incertitude sur ces aspects. Ces activités
comme telles pourront générer une grande tension sur les
coûts.
- Effet
de la restriction de la diffusion – Même si cela peut sembler être un
contresens, il n’est pas certain que restreindre la diffusion des technologies
réduit les coûts. L’on peut diffuser des technologies rentables en dépensant
davantage pour une utilisation inappropriée, par exemple. Les mesures
d’intervention grossières (c.-à-d., le budget global) ne garantissent pas
forcément la diffusion des technologies les plus efficaces ou les plus
rentables. Il faut saisir en outre la dynamique qui existe entre le prix et le
volume des technologies, qui font que le coût total peut grimper quand une
technologie rentable est largement indiquée ou qu’elle comprend davantage de
candidats au traitement. De plus, les administrations publiques qui réussissent
à limiter la diffusion rattrapent tôt ou tard, semble-t-il, les administrations
politiques qui se montrent moins restrictives (quoique des économies soient au
rendez-vous dans l’intervalle).
- Structure du système de santé – Du point
de vue de l’administration publique, les fournisseurs des services de santé
(hôpitaux et médecins) ont beaucoup d’autonomie dans la gestion des ressources
et dans la prise de décisions sur l'acquisition de technologies, surtout en ce
qui a trait au coût faible ou fort des technologies. Le gouvernement participe
d’ailleurs rarement à la prise de décisions à cet échelon. Les technologies peu
dispendieuses représentent sans doute une plus grande partie que l’on croît de
l’ensemble des coûts. Le rôle croissant des fondations hospitalières et leur
travail de collecte de fonds sur place augmente l'autonomie locale d’acquisition
technologique.
- Mécanismes d’intervention – Les
mécanismes d’intervention ne sont souvent pas précis et d’une efficacité
incertaine.
-
Haut de la page
Versune stratégie coordonnée
Il
n’y a sans doute aucune formule universelle qui permette de gérer la diffusion
des technologies21.
Le mode de gestion est choisi en fonction des technologies en question en tenant
compte de certains outils qui ne sont efficaces que pour certaines technologies
ou dans certaines circonstances.
Sans
une approche de pratique exemplaire et dans le contexte d’un système de santé
publique financé par les provinces et les territoires au Canada, il est
probablement judicieux de songer aux caractéristiques essentielles d’une
approche coordonnée.
Une
telle approche existe déjà au Canada en ce qui concerne les médicaments. En
effet, le Programme commun d’évaluation des médicaments (PCEM) évalue des
médicaments en procédant à un examen des données probantes cliniques et
économiques pertinentes. Le PCEM formule ensuite des recommandations en ce qui a
trait à la couverture de ces médicaments par les régimes d’assurance médicaments
fédéral, provinciaux (sauf celui du Québec) et territoriaux. À la demande du
régime
d’assurance
médicaments ou à la demande du fabricant, le médicament peut être examiné. Le PCEM
est un bon exemple d’évaluation coordonnée des technologies de la santé (ETS)
dans un contexte plurigouvernemental. Il illustre également la tendance générale
à harmoniser des structures réglementaires en offrant un seul point d’entrée aux
sociétés pharmaceutiques.
Un
tel modèle fonctionne assez bien étant donné le nombre de nouveaux médicaments
est limité, le cycle de vie des médicaments relativement long et, comme on a
établi, les fabricants transmettent les données probantes cliniques et
économiques à l'appui de leurs nouveaux produits et grâce au pouvoir décisionnel
des régimes d’assurance médicaments qui sélectionnent les médicaments assurés.
Par contre, le PCEM n’évalue pas tous les médicaments (ainsi, les médicaments
administrés à l’hôpital ne font pas partie de son champ de compétence), il
n'entreprend pas de recherche pour combler les lacunes des données probantes
(c.-à-d. que beaucoup d’essais cliniques comparent le nouveau médicament au
placébo et ne peuvent donc pas en déterminer l’efficacité réelle relative), et
ses recommandations ne sont pas exécutoires. Ce dernier point revêt de
l'importance en ce qu’il restreint la portée du PCEM, qui demeure un processus
d’ETS coordonné sans être une vraie approche coordonnée en gestion de la
diffusion.
Malgré
les limites inhérentes que comporte le modèle du PCEM, une approche en matière
d’appareils médicaux qui se veut coordonnée devra reprendre ce concept d’ETS et
miser sur celui-ci. Les traits les plus importants de cette stratégie
seraient :
- Un
système efficace d’analyse prospective pour répertorier les technologies
nouvelles ou émergentes.
- Des
critères communs pour déterminer les technologies d’impact majeur (y compris les
technologies existantes) afin d’éliminer l’examen au cas par
cas.
- Un
processus d’évaluation des technologies de la santé (ETS) coordonné afin
d’éviter le dédoublement des tâches.
- Un
mode de « couverture sous réserve de la production de données probantes » pour
dissiper le doute entourant les technologies prometteuses pour lesquelles les
données probantes disponibles sont rares1,6,24,25.
- Des
stratégies pour déterminer les technologies dont il convient de se départir, si
besoin est, et pour gérer la réévaluation des
technologies.
- Des
liens permettant de gérer l’utilisation.
- Un
engagement à donner suite aux résultats des ETS comme celui dont fait preuve le
National Health Service au
Royaume-Uni.
- Une
approche basée sur des références et qui permet d’établir le prix de référence
des technologies non médicamenteuses26,27.
Même
s’il est impossible d’évaluer dans cet article la faisabilité d’une approche
intégrée en diffusion des technologies au Canada, il n’en reste pas moins que
nombre des éléments de la capacité nécessaire sont déjà en
place.
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Conclusion
Selon
Battista et coll.22 « …l’évaluation technologique n’est
pleinement fructueuse que si elle s’inscrit dans le cadre d’un processus de
gestion technologique ». Quoique cette observation semble très logique, la
gestion qui préside à la diffusion des technologies est très complexe. Dans un
contexte d’innovation technologique, la gestion de la diffusion est une
stratégie de « recours tardif » est davantage compliquée par la nature de la
diffusion et par les caractéristiques dont font montre des technologies de la
santé, les systèmes de santé et les mécanismes d’intervention
disponibles.
Par
le passé, la gestion de la diffusion visait surtout à restreindre les coûts et
ne semblait pas efficace à long terme. Certes, les mécanismes d’intervention
grossiers comportent peut-être des avantages économiques à court terme, mais à
la longue ils ne font que repousser les coûts, sans les
éliminer.
Il
n’y a pas de formule universelle pour gérer la diffusion des technologies. En
fait, il est clair que la gestion de la diffusion doit s’adapter au contexte ou
aux technologies. Ce qui marche dans une situation peut ne pas s’appliquer
à une autre situation ou encore faire
défaut.
Au
Canada, la première tâche difficile des décideurs serait probablement d’établir
les priorités en fonction du tableau précis des dépenses technologiques
actuelles réparties selon le type de technologies (p. ex., appareils médicaux,
technologies de l'information), le coût (coût élevé, coût bas) et le volume
(grand volume contre faible volume). En supposant que la gestion de la diffusion
constitue le moyen le plus efficace d’atteindre les objectifs stratégiques
fondamentaux, les décideurs devront veiller à la mise en place de
l’infrastructure nécessaire et à la coordination efficace qui soutiendra la
gestion de la diffusion.
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